Turquie : poursuite du harcèlement judiciaire à l’encontre de Pınar Selek

Com­mu­ni­qué de l’Ob­ser­va­toire pour la Pro­tec­tion des Défen­seurs des Droits Humains (pro­gramme com­mun OMCT/FIDH).

Le pro­cès contre la socio­logue et défen­seure des droits humains fran­co-turque Pınar Selek a une fois de plus été repor­té le 2 avril 2026, la 15e Cour d’assises d’Istanbul exi­geant sa pré­sence phy­sique lors des audiences et réité­rant sa demande d’emprisonnement immé­diat. L’Observatoire pour la pro­tec­tion des défenseur·es des droits humains, un par­te­na­riat de la Fédé­ra­tion inter­na­tio­nale pour les droits humains et de l’Organisation mon­diale contre la tor­ture (OMCT), et la Ligue des droits de l’Homme (LDH) dénoncent fer­me­ment le har­cè­le­ment judi­ciaire conti­nu visant Pınar Selek et appellent les auto­ri­tés turques à aban­don­ner toutes les charges à son encontre.

Le 2 avril 2026, s’est tenue la sep­tième audience du cin­quième pro­cès contre Pınar Selek. Mal­gré quatre pré­cé­dents acquit­te­ments et l’absence de toute preuve sub­stan­tielle à son encontre, la 15e Cour d’assises d’Istanbul a réité­ré sa demande d’emprisonnement immé­diat et exi­gé sa pré­sence phy­sique à la pro­chaine audience, pré­vue le 18 sep­tembre 2026. Cette déci­sion s’inscrit dans une pro­cé­dure conti­nue de har­cè­le­ment judi­ciaire à l’encontre de Mme Selek depuis près de trois décen­nies.

Les faits de cette affaire remontent à 1998 lorsque Mme Selek a été arbi­trai­re­ment arrê­tée puis accu­sée, sans aucune preuve cré­dible, d’être impli­quée dans une explo­sion au mar­ché aux épices d’Istanbul. La pro­cé­dure actuelle découle de la même affaire qui a été rou­verte à plu­sieurs reprises mal­gré quatre acquit­te­ments (en 2006, 2008, 2011 et 2014). En juin 2022, la Cour de cas­sa­tion turque a annu­lé le der­nier acquit­te­ment et a requis la pri­son à per­pé­tui­té. Son cin­quième pro­cès s’est ouvert le 31 mars 2023 et a été repor­tée à plu­sieurs reprises.

Mme Selek réside actuel­le­ment en France, dont elle a acquis la natio­na­li­té, et fait l’objet d’un man­dat d’arrêt inter­na­tio­nal accom­pa­gné d’une demande d’extradition. Tou­te­fois, Inter­pol assure qu’aucune notice rouge n’a été émise à son encontre.

L’Observatoire et la LDH rap­pellent que, confor­mé­ment au droit inter­na­tio­nal, notam­ment en ver­tu des articles 3 et 6 de la Conven­tion euro­péenne des droits de l’Homme, nul·le ne doit être extradé·e vers un pays où il existe un risque réel de trai­te­ment inhu­main ou dégra­dant, ou de pro­cès inéqui­table. Compte tenu de l’absence de preuves, de la réou­ver­ture répé­tée de la pro­cé­dure, des actes de tor­ture et mau­vais trai­te­ments subis par Mme Selek lors de sa déten­tion en 1998, et de l’ampleur de la dété­rio­ra­tion des garan­ties judi­ciaires en Tur­quie, ces risques sont par­ti­cu­liè­re­ment éle­vés.

L’Observatoire et la LDH rap­pellent en outre que ce har­cè­le­ment judi­ciaire per­sis­tant s’inscrit dans un contexte plus large de répres­sion des voix cri­tiques en Tur­quie, qui vise en par­ti­cu­lier les défenseur·es des droits humains, les uni­ver­si­taires, et les per­sonnes œuvrant en faveur droits des mino­ri­tés.

Par consé­quent, l’Observatoire et la LDH condamnent fer­me­ment la demande répé­tée d’emprisonnement immé­diat de Mme Selek, qui semble viser uni­que­ment à dis­cré­di­ter ses tra­vaux aca­dé­miques rela­tifs à la répres­sion des kurdes et ses acti­vi­tés en faveur des droits humains. Les orga­ni­sa­tions signa­taires appellent les auto­ri­tés turques à mettre fin à ce har­cè­le­ment judi­ciaire et à se confor­mer plei­ne­ment à leurs obli­ga­tions inter­na­tio­nales en matière de garan­ties du droit à un pro­cès équi­table et de pro­tec­tion des défenseur·es des droits humains.

https://www.fidh.org/fr/regions/europe-asie-centrale/turquie/turquie-poursuite-du-harcelement-judiciaire-a-l-encontre-de-pinar





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