Turquie : après le 7ème renvoi de son procès, la sociologue Pinar Selek dénonce une « parodie »

La jus­tice turque a ren­voyé jeu­di pour la sep­tième fois d’affilée le pro­cès de la socio­logue fran­co-turque Pinar Selek, jugée par contu­mace pour « ter­ro­risme », qui a dénon­cé une « paro­die » au terme d’une audience expé­di­tive de sept minutes.

Uni­ver­si­taire et écri­vaine de 54 ans réfu­giée en France, Pinar Selek avait été arrê­tée, tor­tu­rée et empri­son­née en 1998 alors qu’elle venait d’achever de longues séries d’entretiens au sein de la com­mu­nau­té kurde.

Le pro­cès fleuve de Mme Selek, ajour­né de six mois en six mois, repren­dra le 18 sep­tembre à 13H00 (10H00 GMT), ont rap­por­té à l’AFP des membres de son comi­té de sou­tien qui ont assis­té à l’audience, au tri­bu­nal d’Istanbul.

Comme chaque fois, l’audience de jeu­di matin a été refer­mée à peine ouverte.

Pinar Selek s’est dite « sur­prise par la rapi­di­té » de l’audience.

« Ce nou­veau report montre qu’ils ne savent pas quoi faire. C’est vrai­ment une paro­die », a‑t-elle décla­ré devant son comi­té depuis le siège de la Ligue des droits de l’homme (LDH) à Paris.

La jus­tice turque pour­suit la cher­cheuse, spé­cia­liste des mou­ve­ments fémi­nistes kurdes, depuis près de 28 ans et a déjà pro­non­cé quatre acquit­te­ments.

« Le juge a dit attendre que soient com­blées des lacunes du dos­sier », a indi­qué à l’AFP un de ses sou­tiens, mili­tant turc des droits humains qui a refu­sé d’être iden­ti­fié.

Selon ce témoin, il s’agit, entre autres, de la dépo­si­tion in situ de Mme Selek elle-même et de celle d’un autre accu­sé dans ce long feuille­ton judi­ciaire, Abdül­me­cit Öztürk, lui aus­si acquit­té à plu­sieurs reprises mais de nou­veau pour­sui­vi depuis 2023.

Lors de pré­cé­dentes audiences, le tri­bu­nal avait déjà affir­mé attendre une réponse d’Interpol, l’organisation inter­na­tio­nale de police cri­mi­nelle, à sa demande d’extradition.

Or, selon les avo­cats de Mme Selek, Inter­pol a bien refu­sé le man­dat d’arrêt.

Pinar Selek a été arrê­tée en Tur­quie en 1998 pour ses tra­vaux sur la com­mu­nau­té kurde, puis accu­sée d’être liée à une explo­sion qui avait fait sept morts au bazar aux épices d’Istanbul.

Libé­rée fin 2000, elle est d’abord res­tée à se battre en Tur­quie avant d’être pous­sée à l’exil en avril 2009. Elle se dit convain­cue d’être arrê­tée dès son arri­vée si elle rentre en Tur­quie.

Pour la dépu­té euro­péenne Mélis­sa Cama­ra, membre de la délé­ga­tion d’élus et d’universitaires venus de France à Istan­bul, « cet énième report du pro­cès de Pinar Selek marque mal­heu­reu­se­ment un nou­veau cha­pitre dans le har­cè­le­ment judi­ciaire dont elle fait l’objet et qui ne vise qu’une chose, la broyer ».

« J’ai appris à ne pas lâcher et je sais que jusqu’à la fin de ma vie je vais lut­ter. Ce pro­cès n’est qu’une par­tie de mes luttes », a pour sa part insis­té Mme Selek, qui vit et enseigne à Nice, où elle a été natu­ra­li­sée en 2017.

Elle vient de publier, outre ses tra­vaux sur la com­mu­nau­té kurde, un recueil de sou­ve­nirs, « Lever la tête » (édi­tions Uni­ver­si­té Paris Cité).





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