
Questions du soir : l’idée
Alors que la “question kurde” est plus actuelle que jamais, une autre question revient : comment enquêter sur un peuple historiquement divisé entre quatre pays, quand les États qui le gouvernent font de ce sujet un terrain de guerre, de surveillance et de soupçon permanent ?
La question kurde, en proie à des décennies de répression étatique et de conflits armés, a longtemps constitué un sujet tabou et dangereux pour les chercheurs en Turquie. L’État a systématiquement tenté de nier l’existence même du peuple kurde, le qualifiant de « Turcs des montagnes » et interdisant toute référence à son identité. Cette criminalisation de la recherche s’est traduite par la persécution, l’emprisonnement, voire la torture de nombreux universitaires et intellectuels qui osaient aborder le sujet, alimentant un climat de suspicion et de surveillance permanente sur ce terrain sensible. L’hostilité du pouvoir a même conduit à la fermeture de départements de sociologie dans les années 1950, sous prétexte que le pays n’avait pas besoin de cette discipline.
Le parcours d’une chercheuse : de la sociologie à la prison, une résistance intellectuelle
Le cheminement de Pınar Selek, sociologue et maîtresse de conférences, illustre la persistance de la répression contre la recherche académique en Turquie, particulièrement sur des sujets sensibles tels que la question kurde. Son travail, initialement axé sur la prostitution et la territorialisation du pouvoir, a évolué vers l’étude des mouvements sociaux, notamment le mouvement kurde et le PKK. C’est cette dernière recherche, entreprise à l’âge de 24 ans, qui l’a menée à l’emprisonnement, malgré une méthodologie rigoureuse visant à protéger ses sources, témoignant de la volonté des autorités de museler toute voix dissidente.
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